CONTE-MOI TES MILLE ET UNE ODEURS

Du fond de ma mémoire elles reviennent me chatouiller sans que je ne les appelle, elles ravivent des souvenirs oubliés qui passent sous mes narines sans que je ne les retienne…

C’est d’abord l’odeur du lait tiède saupoudré de cannelle, des madeleines et des gâteaux de grand-mère qui me sortaient au galop de la sieste quand par ma porte entrouverte, elles venaient se glisser.

Le chocolat qui fondait dans le beurre de la gourmandise qui me laissait des minutes délicieuses à parcourir la casserole de plaisir… du bout de mes petits doigts jusqu’à m’en barbouiller.

Si je pense suffisamment fort revient l’odeur de la cheminée, celle du pot au feu du dimanche, les arômes suaves du café, les dés d’armagnac pour digérer et celle des bonbons à l’anis et des petits sablés aux amandes que je mettais dans mes poches avant qu’ils ne finissent écrabouillés.

Comment oublier le parfum de l’herbe fraîchement coupée, celle des arbres, des fraises et des champignons dans les bois. L’odeur de la terre humide, des cailloux et du bitume mouillé par les pluies d’été, quand je courrais pour faire fuir les nuages comme les pigeons sur le pavé.

Et toutes ces farandoles de fleurs sur le chemin de mon enfance. Les roses envoûtantes, le lilas délicat, les branches de mimosa en bouquet sur la nappe cirée de la cuisine, les jacinthes et le jasmin pour embaumer la chaleur des soirs d’été.

Du fond de ma mémoire revient le parfum iodé des embruns marins, les caprices salés d’un ciel en rage, la crème solaire et le monoï en vacances sur la plage, mais aussi celle du plastique des bouées qu’il nous tarde de mettre autour de la taille avant d’aller se baigner.

Je garde les paupières closes et je me rappelle les parfums des gens que j’ai aimé, ceux que j’aime, ceux qui m’ont quitté… l’odeur de leur peau gravée à jamais dans la mienne. Celle d’un bâton rouge à lèvres, d’une crème sur une joue qu’on embrasse et qui reste, celle d’un baiser suspendu dans les flocons fondus de l’hiver.

Je pourrais te conter les mille et unes odeurs qui m’ont faite… je me demande quelles sont les tiennes… sont-elles les mêmes ?

Chacune incarne la magie secrète propre à chaque être… à chaque enfant devenu grand, à chaque grand resté un enfant…

Les écrins intemporels de souvenirs exilés qui se rouvrent et se ravivent dans des inspirations à cueillir… aussi fragiles qu’insoupçonnées.

Elody