L’Assistante de Jean-Michel Lattes  m’avait dit que son agenda était plein jusqu’au début du mois d’octobre. Nous avons réussi à trouver un créneau dans la fin de l’été Toulousain, afin de réaliser ce portrait.

C’est avec un plaisir particulier que je me suis rendue au Capitole, la dernière fois que j’avais traversé la cour, j’étais en robe de mariée. Cette fois je m’apprêtais à rencontrer cet élu qui avait accepté avec enthousiasme quelques semaines plus tôt de découvrir mon travail et de se prêter au jeu des questions plus personnelles.
Je ne pouvais pas m’attendre à vivre un moment pareil, qu’il a qualifié lui-même de « récréatif » avant même que nous commencions.

 

UN ÉLU À L’ÉTAT NATUREL

 

Jean-Michel LATTES est né le 19 juin 1960 à Toulouse, il est marié et papa de 4 garçons.
Ce qui m’intéressait avant tout dans cette rencontre, c’était de pouvoir entrevoir l’homme qu’il était sous ses fonctions officielles en remontant le fil de son histoire.

 

Pouvez-vous me parler de votre enfance et des valeurs qui vous ont été inculquées par vos parents ?

À la maison, nous avons toujours été, mon frère et moi, baignés dans l’eau du savoir.

D’aussi loin que je me souvienne, le plaisir d’apprendre c’est eux qui me l’ont transmis. Mes parents exerçaient tous les deux des professions scientifiques. Mon père était Docteur en Pharmacie et Prof à l’Université Paul Sabatier, tandis que ma mère elle, était Biologiste, maître de conférences à l’INSA (Institut National des Sciences Appliquées) et fervente écologiste depuis le premier candidat qui s’était présenté en 1974.
Je me souviens de conversations entre eux, où l’on était totalement « largués » avec mon frère Bernard, tant on ne comprenait rien à ce qu’ils disaient.

Pourtant, ce schéma familial a laissé des traces. Ils ont toujours été des modèles à suivre pour nous. Au moment de choisir mon orientation après mon Bac S, pour ennuyer mon père, j’ai choisi de poursuivre des études de droit qui m’ont révélé sans savoir la voie que je voulais suivre.

 

Je suis devenu Prof universitaire en Droit du Travail et tous les jours je suis heureux de me lever en me disant que je fais le plus beau métier du monde ! Alors bien sûr mes fonctions à la mairie ne me permettent plus d’enseigner autant que je le voudrais. Je suis à l’université 4 à 5 heures par semaine, c’est fondamental pour moi, je ne saurai pas m’en passer !

Je crois qu’être enseignant c’est avant tout savoir communiquer sa passion à ses élèves. Un prof qui reste dans sa tour d’ivoire, qui manque de disponibilité et d’écoute ne pourra jamais y parvenir. Et puis c’est une profession où l’on n’a pas le sentiment de vieillir ! les élèves chaque année ont le même âge, cela ressemble à une fontaine de Jouvence où tout est à faire, où le défi reste permanent !

 

 

 

Quel métier rêviez-vous de faire enfant ?

Comme beaucoup de petits garçons, je voulais être Pompier ou Motard ! jamais je n’ai pensé à devenir enseignant.
Au moment de l’adolescence, je rêvais plutôt de magistrature et de plaidoiries enflammées. Porter la robe de la justice pour la rendre, m’animait. Je suis donc entré en droit et j’ai fait une rencontre qui a changé le cours de mon existence.

En première année de licence, lorsque je me suis assis et que Michel Despax spécialiste incontournable du droit du travail (dont l’amphi porte son nom aujourd’hui) a commencé à parler et à faire son cours, j’ai eu une révélation. J’ai choisi de me spécialiser dans le droit du travail grâce à lui.

J’ai obtenu mon DEA (l’ancien Master 2) et suis sorti major de ma promo. J’ai donc obtenu une bourse du CNRS pour faire une thèse sur le principe de non-discrimination du travail. Il m’a suivi, accompagné et m’a aidé à la mener à son terme. Nous avons travaillé ensemble à de nombreuses reprises jusqu’à son décès.

Il m’a fait comprendre ce qu’était le sens du droit,
il m’a communiqué sa passion et je l’en remercie !
J’ai commencé à enseigner en 86/87 et je suis toujours autant passionné par ce que fais. La partie recherches me plaît aussi énormément. Il n’y a que la correction des copies que je n’aime pas, mais il faut bien le faire… chaque médaille a son revers.

 

 

Aujourd’hui, vous êtes un homme d’action, qui mène de front sa vie publique, politique, professionnelle, associative et familiale. Où trouvez-vous le temps de tout faire ?

La clé c’est d’être très organisé ! En effet, je partage mon temps entre la Mairie, la Fac et Tisséo. Il faut savoir jongler, mais j’ai la chance incroyable d’avoir des assistantes, qui ont la capacité de savoir m’alléger l’esprit. Je ne suis pas tout seul, c’est un fonctionnement d’équipe et je dois dire que je suis très bien entouré.
J’arrive à conjuguer mes besoins et mes obligations parce que je suis dispensé de tout ce qui pourrait me parasiter si je devais le faire seul. C’est une chance que je mesure et qui me rend la vie plus facile c’est certain !

 

Quel est votre SAS de dépressurisation, propice à vous ressourcer ?

Le chant me vide la tête ! Depuis 10 ans, je fais partie d’un groupe polyphonique occitan « Les Mâles au Chœur de Tolosa ». Nous sommes un groupe composé de 30 chanteurs. Nous reprenons des chants basques, corses, occitans… et sommes en train de préparer notre second album. Seule, notre chef de chœur est une femme. Elle est brillante autant qu’exigeante, car elle nous aide à améliorer notre niveau en permanence.

 

 

 

« Les Mâles au Chœur de Tolosa »

seront en concert

le 03 octobre prochain

à la Salle Antigone de Saint-Orens à 20h30.

Soirée au profit de l’association

« L’Enfant Bleu ».

 

 

 

 

Quelles sont vos autres passions ?

 

 

Je joue aussi au rugby « au flag » au FCTT ! Bien entendu, on ne pratique pas le plaquage, c’est vraiment dans le but de s’amuser et de se défouler.
Le président du Club, mon ami, Fabien FABRE est aussi chanteur avec moi au sein de la chorale.

 

 

 

Et comme vous pouvez le voir, je suis aussi un grand fan de Tintin ! c’est d’ailleurs ainsi que mes proches me surnomme.

(En effet, en entrant dans son bureau c’est une des premières choses qui m’avait sauté aux yeux. Des bandes dessinées dans toutes les langues à l’effigie du célèbre reporter sont disposées le long du mur sur un renfoncement. Sur les étagères et son bureau, Tintin est partout !)

 

 

Voici le dessin qu’un de ses amis a réalisé pour lui et qu’il conserve encadré sur une étagère.
On y voit Tintin à la place de Monsieur le Maire au Capitole, avec un carton de présentation portant ses initiales.

 

J’ai lu que vous étiez très attaché à la vallée d’Aure dans les Hautes-Pyrénées. Qu’est-ce que cet endroit représente pour vous ?

Cet endroit représente toute ma vie ! Nous y avons une maison de famille, c’est un lieu qui m’a vu grandir.
Cette vallée est particulière, car contrairement aux autres vallées des Pyrénées, celle-ci est large et de fait très ensoleillée. Aura en latin signifie « brise, air en mouvement », elle est pour moi synonyme de Liberté !

 

Étant donné que mes parents étaient profs, nous y passions tous nos étés étant enfants. C’était une vie dorée que de pouvoir prendre son vélo le matin, rejoindre ses copains, nous baigner dans la Neste, et ne rentrer à la maison que le soir sans que personne ne s’en inquiète.

J’ai encore énormément d’amis d’enfance à Saint-Lary que j’ai plaisir à retrouver chaque fois que je m’y rends. C’est un besoin pour moi que d’y revenir, comme un appel, je réponds à ma montagne… je retourne à la source de l’essentiel.

À chaque fois que je pars, je dis :

« Je ne reviendrai jamais ! »

J’ai fait beaucoup de voyages dans ma vie, mais aucun endroit ne me procure autant de bienfaits que celui-là… je m’y sens totalement chez moi et dès que je peux j’y reviens.

 

 

 

 

Pouvez-vous me parler de Piau, votre petit chien de berger ? Que vous apporte-t-il ?

 

Je ne voulais pas avoir de chien, je n’en avais jamais eu et je ne savais pas ce que c’était. Lorsque mon plus jeune fils, Mathurin s’est retrouvé le dernier à la maison (il avait 13 ans à l’époque), il a demandé à avoir un compagnon. Pour lui c’était impossible de rester seul, il fallait trouver une solution.
La seule condition que j’ai posée, c’est que ce chien soit un chien des Pyrénées.

Nous avions le choix entre le Patou qui est très gros (comme celui de Belle & Sébastien) et le Berger des Pyrénées. Nous l’avons baptisé Piau qui veut dire « Le Pic » en Pyrénéen et depuis c’est une grande histoire d’amour qui nous lie. Il a aujourd’hui 6 ans et il m’est devenu indispensable, je ne peux pas m’en passer.

 

 

 

Pourquoi la préservation de l’Occitan est-elle aussi chère à vos yeux ?

C’est une langue que j’ai toujours entendue.

En vallée d’Aure, les anciens parlent Occitan,mes grands-parents aussi le parlaient… il serait dommage qu’il disparaisse, il s’agit aussi de notre culture.

En 2007, avant que je ne commence la chorale, Bernardo Sandoval, guitariste et auteur-compositeur Franco-Espagnol (Toulousain d’adoption) cherchait un chœur afin d’enregistrer un hymne Occitan sur son prochain album.
J’ai eu la chance de participer à cette aventure très enrichissante. Suite à cela, le chœur d’hommes polyphoniques a été créé.

Je me suis alors plongé dans le répertoire Occitan avec passion et n’en suis jamais ressorti, si bien que j’ai demandé à Jean-Luc Moudenc de me confier en parallèle des transports, la Culture & la langue Occitane.
Toutes les semaines, je prends des cours pour m’améliorer. Cette rentrée, j’entame ma quatrième année. Je progresse doucement et cela me plaît toujours autant.

 

Que vous évoque la transmission ?

Je pense que la transmission se fait sur plusieurs niveaux.

Elle commence par la famille, parfois elle est réussie, parfois elle est ratée. Mes parents dans leur cas nous ont donné la passion de l’enseignement et de la recherche, l’envie du savoir et le goût du dépassement de soi pour continuer à s’améliorer.

Elle est aussi à mon sens géographique. Nous sommes influencés directement ou non par le lieu dans lequel nous vivons. Toulouse est une ville magnifique, vibrante qui porte en elle une histoire d’une grande richesse. Ce point-là est moins identifiable, pourtant je crois que l’on est aussi fait de cela et de tout ce que l’on peut vivre.
J’en profite pour souhaiter aux Toulousains en cette rentrée de ne pas oublier de regarder autour d’eux, leur environnement, les gens et de garder cette capacité qu’ils ont à toujours espérer le meilleur.

Enfin la transmission c’est quelque chose de propre à chacun, à sa personnalité. C’est le résultat du parcours, du vécu, et de son caractère propre.
En tout cas, elle est faite pour être reçue et diffusée !

 

« C’est aussi pour cela que j’enseigne.
Un professeur qui ne transmet pas, n’est pas un enseignant.
C’est un but, sinon un devoir. »

 

À l’heure où je termine la rédaction de cette mini-biographie, je suis étonnée d’une étrange sensation… celle de n’avoir pas eu l’impression de le rencontrer pour la première fois, tant tout a été si facile dans cet échange.
Jean-Michel LATTES est un homme d’une grande bienveillance, encourageant, qui porte un réel intérêt sur les choses et les personnes qui l’entourent. Il est un vrai enseignant dans l’âme.
J’ai découvert l’homme que j’étais venue voir. C’est avec un plaisir non dissimulé qu’il m’a invité à repartir dans son histoire, qu’il m’a montré ce qu’il aimait, que nous avons partagé un moment de complicité dans une grande simplicité.

J’ai réalisé l’écriture de ce portrait en écoutant en boucle le CD des chants polyphoniques qu’il m’a offert afin de m’imprégner et retranscrire le plus justement possible ce qu’il m’a donné à voir de lui.
Je le remercie encore du temps qu’il a bien voulu m’accorder dans son agenda chargé… cette « récréation » a été largement partagée.

Merci pour tout… Monsieur le Professeur.